Deux à trois mille « bonnes femmes » (on peut se permettre l’expression puisqu’il parait qu’elles attentent elles-mêmes à la dignité de la femme) portent la burqa à travers notre pays. Elles sont ridicules. Comme les Écossais avec leur kilt, les gugusses de je ne sais plus quelle secte en robe de safran, les curés en soutane, les filles qui s’accrochent des anneaux dans le nez, les loubards qui se recouvrent de tatouages ou les Saint-Cyriens avec leur casoar.
Trois mille bonnes femmes, çà représente moins de… 0,005% de la population française. Cà ne met pas (encore) en péril la Nation. Il reste 32.497.000 femmes qui ne portent pas cette burqa, si tant est qu’il y ait bien une femme sur deux.

On nous laisse entendre (sans oser nous le dire franchement, de peur sans doute d’entrouvrir un sujet tabou) que cette burqa est le symbole de la progression de l’Islam radical en France. Peut-être. Mais la burqa est tout de même infiniment moins dangereuse que les prêches des imams fanatiques de nos mosquées plus ou moins clandestines qui lancent des appels à la guerre sainte contre notre civilisation ou que les centaines de milliers de paraboles sur les balcons de nos cités « difficiles » tournés vers les télévisions du Golfe qui diffusent les messages d’Al Qaïda.

On nous dit que la burqa porte atteinte à la dignité de la femme. Honnêtement, on ne voit pas en quoi cet « excès de pudeur» déshonorerait la femme en question. A moins de dire que le ridicule (qui ne tue plus personne depuis bien longtemps en France) est incompatible avec la dignité. En tout cas, ce n’est pas à la loi de définir la dignité de chacun, ni d’ailleurs le ridicule.

On nous dit aussi qu’elle est une atteinte à la liberté individuelle. D’abord, rien ne prouve que ces pauvres filles ne s’affublent pas volontairement de ces sinistres oripeaux. Ensuite, nombreuses sont les femmes qui suivent des modes farfelues pour plaire à leur type. Enfin et surtout, ce n’est pas en prenant des lois liberticides qu’on défend la liberté.

Nos « bien penseurs » de service évoquent continuellement la Déclaration des Droits de l’Homme. Visiblement, ils ne l’ont pas lue. Article 4 : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui », article 5 : « La loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société » En quoi la burqa serait-elle nuisible à autrui ou même à notre société qui prône depuis des années, à tort et à travers, le « droit à la différence » ?

A force, au nom de ce maudit « droit à la différence », de refuser l’assimilation d’antan pour pratiquer l’intégration qui respecte les communautés, nous ne faisons plus de nos immigrés naturalisés des Français « à part entière » mais des Français « à part ». Le « droit à la différence » conduit forcément à la « différence du droit » et à l’abominable communautarisme. On s’en aperçoit aujourd’hui, un peu tard. Avant de s’en prendre à la burqa, on aurait mieux fait de s’attaquer à la bigamie, aux mariages forcés, à l’excision, à l’égorgement des moutons, autant de choses autrement plus graves, déjà condamnées par nos lois, mais devant lesquelles nos autorités ferment pudiquement les yeux.

Certains petits politiciens, se lançant dans la pire des démagogies, se sont emparés de la burqa afin de se faire passer pour des républicains pur jus. De droite comme de gauche. Des UMP « de choc » Copé ou Balkany au communiste André Gérin ou au socialiste Manuel Valls, en passant, naturellement, par Hortefeux.

Ils n’ont pas compris que depuis longtemps la République n’interdisait plus, qu’elle ne s’écriait plus « Pas de liberté pour les ennemis de la Liberté ! ». Aujourd’hui, la République protège. Même ceux qui la combattent. Elle sait que c’est en accordant la plus grande des libertés à tous qu’on a une chance de finir par la faire apprécier par chacun. Pas en se mettant à l’école des dictatures et des théocraties.
La République n’a pas à lancer de fatwas ! Même contre les adeptes de ce genre de méthodes.

Heureusement, et n’en déplaise à ces boutefeux de pacotille, nous sommes dans un état de droit et nous avons des garde-fous. Des gardes fous, pourrait-on même écrire. Le Conseil constitutionnel, le Conseil d’Etat. Ils gardent la tête froide au milieu du tohu-bohu des hémicycles et des plateaux de télévision. Ils connaissent, eux, la Déclaration des Droits de l’Homme. Ils savent que le premier mot gravé sur nos édifices publics est le mot « Liberté ». Et ils n’en démordent pas.

Ils ont donc fait savoir que l’interdiction totale de la burqa serait contraire à nos lois les plus sacrées. Quitte à l’interdire, éventuellement dans certains lieux sensibles, comme les banques, les bijouteries, les hôpitaux, etc.
Ce qui est grave c’est que nos agités démagogues de droite, effrayés par leur déconfiture électorale aux régionales et par la remontée du Front National, ont immédiatement osé déclarer qu’ils avaient bien l’intention de s’asseoir sur les avis du Conseil d’Etat et qu’ils se contrefoutaient par avance de ce que pourrait bien dire le Conseil constitutionnel.

En voulant ainsi persécuter 0,005% de la population pour tenter de grappiller quelques voix sur un dossier que les Français ignoraient superbement avant qu’il ne leur soit jeté en pâture à la une de l’actualité, ces petits démagogues font une double erreur.

Ils oublient, d’abord, que les électeurs préfèrent toujours l’original à la copie. Et donc que ceux que la burqa insupporte (surtout depuis que l’UMP en a fait un thème de campagne) préféreront voter pour le Front National et d’autant plus que l’actuel majorité présidentielle ne pourra pas aller aussi loin dans l’interdiction qu’elle s’en vante.

Ensuite, ils ignorent que les Français en ont plus qu’assez de tous les interdits qu’on leur impose depuis quelques années. Interdiction de fumer (même dans les bureaux de tabac), interdiction de rouler un peu vite (même sur les autoroutes), interdiction d’évoquer la couleur de la peau de quiconque, interdiction de juger des préférences sexuelles d’autrui, etc.

La burqa ne gênait pas l’immense majorité des Français. Rares étaient d’ailleurs ceux qui côtoyaient quotidiennement ces fantômes noirs. Pourquoi diable s’en prendre à un tel sujet en violant nos principes les plus sacrés ?

Jamais, aucun gouvernement de la Vème République ne s’est fait refuser autant de textes par ceux qu’on appelle les « Sages de la République ». Il y a quelques semaines, c’était la Taxe carbone, aujourd’hui, l’interdiction de la burqa.
Pour la taxe carbone, Sarkozy était bien décidé à passer outre en trouvant une combine. Il a fallu la défaite des régionales pour le calmer. Pour la burqa, il veut maintenant si ce n’est passer outre au moins aller « aussi loin que possible ». Il a tort.

Il faut toujours respecter les garde-fous. Ils évitent de tomber dans les précipices.

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