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Caucase: du nationalisme à l’islamisme

Personne n’a jamais rien compris à ce qui se passait dans les innombrables états-croupions du Caucase. On sait vaguement que c’est au sud de la Russie, quelque part aux alentours de la Mer Noire et de la Caspienne, à la frontière avec les mondes turc, iranien et afghan. Et on se contente de répéter, depuis des années, qu’il s’agit d’un « baril de poudre » avec sa kyrielle de peuples qui se détestent depuis tout temps, qui s’entretuent depuis des siècles et qui ont toujours été en rébellion plus ou moins larvée contre tous ceux qui les ont dominés.

L’éclatement de l’URSS (dont nous n’avons pas encore réalisé toutes les conséquences) semble avoir réveillé la région que Staline avait assommée dans un sommeil profond.

On sait qu’en 1991, les grandes « républiques socialistes soviétiques » avaient pu profiter de l’agonie de l’URSS gorbatchévienne pour proclamer leur indépendance, la Biélorussie, l’Ukraine, la Géorgie, etc. On sait moins que de nombreuses républiques peu connues de cette région du Caucase en avaient fait tout autant comme l’Azerbaïdjan, l’Arménie, le Kazakhstan, le Turkménistan, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan ou le Kirghizistan.
C’était, pour tous ces peuples, à la fois la fin du communisme -même si, généralement, les apparatchiks du PC local de la veille restaient au pouvoir en s’affublant brusquement des oripeaux du nationalisme- et la fin d’une domination russe qui avait, en fait, commencé du temps des tzars –même si, le plus souvent, ces indépendances inespérées n’avaient été obtenues qu’en échange de nouveaux liens économiques et militaires bien étroits avec Moscou.

Mais au milieu de tous ces grands chamboulements, plus spectaculaires que réels, les « petits du Caucase », eux, avaient, une fois de plus, été complètement oubliés. La Tchétchénie, l’Ingouchie, l’Ossétie du Nord, le Daghestan, le Kabardino-Balkarie et quelques autres confettis du même genre n’avaient pas eu le droit de bénéficier du grand vent de l’indépendance.
Ces pseudo mini républiques étaient soi-disant « autonomes », du temps de l’URSS triomphante, Gorbatchev leur accorda le plaisir de devenir des républiques « souveraines », au sein de la nouvelle Fédération de Russie, ce qui ne changeait strictement rien à leur triste sort de pures et simples colonies russes. L’indépendance dont elles rêvaient depuis si longtemps leur était passée sous le nez.

Ce sont les Tchétchènes, sans doute les plus méprisés et les plus mal traités par Moscou de tous ces peuples caucasiens, qui les premiers se sont insurgés, dès 1994. La première guerre de Tchétchénie, 1994-1996, a fait plus de 50.000 morts civils, la seconde, 1999-2005, plus de 60.000, sur une population de 780.000 habitants. Et la capitale Groznyï a été pratiquement rasée. On estime les pertes de l’armée tchétchène à environ 15.000 hommes, et celles de l’armée russe à environ 7.000 hommes sur un « corps expéditionnaire » de 150.000 hommes. Ajoutons que plus de 400.000 tchétchènes ont fui les combats et se sont réfugiés dans les pays voisins. Aujourd’hui, la Tchétchénie n’est plus qu’un champ de ruines déserté par ses habitants.

Les attentats qui viennent d’être commis à Moscou et au Daghestan prouvent qu’en dépit de la répression atroce ordonnée par Poutine et Medvedev, la résistance tchétchène n’a pas été totalement vaincue. Non seulement des combats larvés se poursuivent en Tchétchénie même, avec des embuscades régulières tendues aux troupes russes, mais les Tchétchènes peuvent encore organiser des attentats en plein cœur de Moscou comme ils l’avaient fait en septembre 99 (300 morts), en août 2000 (13 morts), en octobre 2002 (la prise d’otages du théâtre Nordost, 130 morts), en septembre 2003 (6 morts), en février 2004 (39 morts), en août 2004 (10 morts), en novembre 2009 (une bombe dans le train Moscou-Saint-Pétersbourg, 25 morts). Sans parler de la prise d’otages dans l’école de Beslan, en Ossétie du Nord, qui avait fait plus de 344 morts.

Ce que les attentats de cette semaine, commis sans guère de doute par des femmes kamikazes, prouvent aussi c’est que ces terroristes caucasiens, nationalistes à l’origine, sont devenus des terroristes islamistes, comme on pouvait le redouter depuis quelque temps.
Ce sont maintenant des « émirs » qui commandent les résistants tchétchènes. Leur chef, Dokou Oumarov, se proclame « émir du Caucase », veut établir un « Etat islamique du Caucase », déclare le Djihad, la guerre sainte, aux Russes, parsème ses déclarations de références au Coran et arbore un drapeau rehaussé de caractères arabes.

Or, tous ces petits pays du Caucase sont musulmans à plus de 90% et sont entourés d’Etats qui sont presque tous, eux aussi, musulmans à plus de 80/90%, l’Azerbaïdjan (9 millions d’habitants), le Turkménistan (5 millions), l’Ouzbékistan (25 millions), le Tadjikistan (7 millions), le Kirghizistan (6 millions). Seuls l’Arménie, chrétienne, et le Kazakhstan où les orthodoxes dominent légèrement ne font pas partie de cet ensemble islamique. Et n’oublions surtout pas que la Turquie, de moins en moins laïque, l’Iran des mollahs et l’Afghanistan des Talibans sont des voisins de plus en plus présents.
Même si les chars de Poutine ont réduit Groznyï en cendres, « l’émir du Caucase » n’a sans doute guère de peine pour trouver de l’aide, maintenant qu’il s’est converti à l’islam le plus rigoureux.

Les attentats de Moscou vont, sans aucun doute, provoquer une nouvelle vague de répressions en Tchétchénie. Mais le cycle infernal terrorisme-répression se termine toujours à l’avantage des terroristes et d’autant plus que les islamistes ont le goût du martyre.
Certes, la Russie de Medvedev-Poutine a repris le vieux rêve des tsars et de Staline –« toujours plus au sud »- et elle ne cédera jamais un pouce de territoire dans cette partie de l’empire. Elle a déjà repris pied dans la plupart des pays auxquels Gorbatchev avait si rapidement accordé l’indépendance. Mais maintenant, au Caucase, Moscou n’a plus affaire à des rébellions nationalistes et plus ou moins folkloriques. C’est une guerre de religion qui se prépare ici.

Nos géostratèges n’ont pas voulu comprendre que, dès le lendemain de la mort du communisme, l’Islam était devenu le refuge, l’idéal, le combat de tous ces damnés de la terre, car il leur faut un espoir, un rêve. Allah a remplacé Marx, le Coran a remplacé le Capital, le drapeau du Prophète a remplacé le drapeau rouge.
L’Islam qui ne pouvait pas grand-chose en face de la dictature communiste, il peut tout en face de la dictature des oligarques corrompus. On l’a vu en Iran, en Egypte, en Algérie ou ailleurs.

Les chars de Poutine ont été vaincus par les Talibans en Afghanistan. Ceux de Medvedev le seront tôt ou tard par les « émirs du Caucase ».

31 Mar 2010 | Comments (3)

Burqa: merci aux garde-fous!

Deux à trois mille « bonnes femmes » (on peut se permettre l’expression puisqu’il parait qu’elles attentent elles-mêmes à la dignité de la femme) portent la burqa à travers notre pays. Elles sont ridicules. Comme les Écossais avec leur kilt, les gugusses de je ne sais plus quelle secte en robe de safran, les curés en soutane, les filles qui s’accrochent des anneaux dans le nez, les loubards qui se recouvrent de tatouages ou les Saint-Cyriens avec leur casoar.
Trois mille bonnes femmes, çà représente moins de… 0,005% de la population française. Cà ne met pas (encore) en péril la Nation. Il reste 32.497.000 femmes qui ne portent pas cette burqa, si tant est qu’il y ait bien une femme sur deux.

On nous laisse entendre (sans oser nous le dire franchement, de peur sans doute d’entrouvrir un sujet tabou) que cette burqa est le symbole de la progression de l’Islam radical en France. Peut-être. Mais la burqa est tout de même infiniment moins dangereuse que les prêches des imams fanatiques de nos mosquées plus ou moins clandestines qui lancent des appels à la guerre sainte contre notre civilisation ou que les centaines de milliers de paraboles sur les balcons de nos cités « difficiles » tournés vers les télévisions du Golfe qui diffusent les messages d’Al Qaïda.

On nous dit que la burqa porte atteinte à la dignité de la femme. Honnêtement, on ne voit pas en quoi cet « excès de pudeur» déshonorerait la femme en question. A moins de dire que le ridicule (qui ne tue plus personne depuis bien longtemps en France) est incompatible avec la dignité. En tout cas, ce n’est pas à la loi de définir la dignité de chacun, ni d’ailleurs le ridicule.

On nous dit aussi qu’elle est une atteinte à la liberté individuelle. D’abord, rien ne prouve que ces pauvres filles ne s’affublent pas volontairement de ces sinistres oripeaux. Ensuite, nombreuses sont les femmes qui suivent des modes farfelues pour plaire à leur type. Enfin et surtout, ce n’est pas en prenant des lois liberticides qu’on défend la liberté.

Nos « bien penseurs » de service évoquent continuellement la Déclaration des Droits de l’Homme. Visiblement, ils ne l’ont pas lue. Article 4 : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui », article 5 : « La loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société » En quoi la burqa serait-elle nuisible à autrui ou même à notre société qui prône depuis des années, à tort et à travers, le « droit à la différence » ?

A force, au nom de ce maudit « droit à la différence », de refuser l’assimilation d’antan pour pratiquer l’intégration qui respecte les communautés, nous ne faisons plus de nos immigrés naturalisés des Français « à part entière » mais des Français « à part ». Le « droit à la différence » conduit forcément à la « différence du droit » et à l’abominable communautarisme. On s’en aperçoit aujourd’hui, un peu tard. Avant de s’en prendre à la burqa, on aurait mieux fait de s’attaquer à la bigamie, aux mariages forcés, à l’excision, à l’égorgement des moutons, autant de choses autrement plus graves, déjà condamnées par nos lois, mais devant lesquelles nos autorités ferment pudiquement les yeux.

Certains petits politiciens, se lançant dans la pire des démagogies, se sont emparés de la burqa afin de se faire passer pour des républicains pur jus. De droite comme de gauche. Des UMP « de choc » Copé ou Balkany au communiste André Gérin ou au socialiste Manuel Valls, en passant, naturellement, par Hortefeux.

Ils n’ont pas compris que depuis longtemps la République n’interdisait plus, qu’elle ne s’écriait plus « Pas de liberté pour les ennemis de la Liberté ! ». Aujourd’hui, la République protège. Même ceux qui la combattent. Elle sait que c’est en accordant la plus grande des libertés à tous qu’on a une chance de finir par la faire apprécier par chacun. Pas en se mettant à l’école des dictatures et des théocraties.
La République n’a pas à lancer de fatwas ! Même contre les adeptes de ce genre de méthodes.

Heureusement, et n’en déplaise à ces boutefeux de pacotille, nous sommes dans un état de droit et nous avons des garde-fous. Des gardes fous, pourrait-on même écrire. Le Conseil constitutionnel, le Conseil d’Etat. Ils gardent la tête froide au milieu du tohu-bohu des hémicycles et des plateaux de télévision. Ils connaissent, eux, la Déclaration des Droits de l’Homme. Ils savent que le premier mot gravé sur nos édifices publics est le mot « Liberté ». Et ils n’en démordent pas.

Ils ont donc fait savoir que l’interdiction totale de la burqa serait contraire à nos lois les plus sacrées. Quitte à l’interdire, éventuellement dans certains lieux sensibles, comme les banques, les bijouteries, les hôpitaux, etc.
Ce qui est grave c’est que nos agités démagogues de droite, effrayés par leur déconfiture électorale aux régionales et par la remontée du Front National, ont immédiatement osé déclarer qu’ils avaient bien l’intention de s’asseoir sur les avis du Conseil d’Etat et qu’ils se contrefoutaient par avance de ce que pourrait bien dire le Conseil constitutionnel.

En voulant ainsi persécuter 0,005% de la population pour tenter de grappiller quelques voix sur un dossier que les Français ignoraient superbement avant qu’il ne leur soit jeté en pâture à la une de l’actualité, ces petits démagogues font une double erreur.

Ils oublient, d’abord, que les électeurs préfèrent toujours l’original à la copie. Et donc que ceux que la burqa insupporte (surtout depuis que l’UMP en a fait un thème de campagne) préféreront voter pour le Front National et d’autant plus que l’actuel majorité présidentielle ne pourra pas aller aussi loin dans l’interdiction qu’elle s’en vante.

Ensuite, ils ignorent que les Français en ont plus qu’assez de tous les interdits qu’on leur impose depuis quelques années. Interdiction de fumer (même dans les bureaux de tabac), interdiction de rouler un peu vite (même sur les autoroutes), interdiction d’évoquer la couleur de la peau de quiconque, interdiction de juger des préférences sexuelles d’autrui, etc.

La burqa ne gênait pas l’immense majorité des Français. Rares étaient d’ailleurs ceux qui côtoyaient quotidiennement ces fantômes noirs. Pourquoi diable s’en prendre à un tel sujet en violant nos principes les plus sacrés ?

Jamais, aucun gouvernement de la Vème République ne s’est fait refuser autant de textes par ceux qu’on appelle les « Sages de la République ». Il y a quelques semaines, c’était la Taxe carbone, aujourd’hui, l’interdiction de la burqa.
Pour la taxe carbone, Sarkozy était bien décidé à passer outre en trouvant une combine. Il a fallu la défaite des régionales pour le calmer. Pour la burqa, il veut maintenant si ce n’est passer outre au moins aller « aussi loin que possible ». Il a tort.

Il faut toujours respecter les garde-fous. Ils évitent de tomber dans les précipices.

31 Mar 2010 Commentaires fermés sur Burqa: merci aux garde-fous!

Le préfet, la loi et le « bon plaisir » du président

L’affaire Najlae Lhimer devenue l’affaire Fragneau est très révélatrice à la fois de la conception que Nicolas Sarkozy se fait de sa fonction et de l’ambiance qui règne désormais dans notre administration.

Le 20 février dernier, une jeune marocaine de 19 ans, Najlae Lhimer, se présente à la gendarmerie de Château-Renard (Loiret) pour porter plainte contre son frère qui l’a rouée de coups. La gendarmerie s’aperçoit alors que la jeune femme est une immigrée clandestine qui a fait l’objet, le 24 novembre, d’un avis de reconduite à la frontière. N’étant pas étudiante, n’ayant aucun travail déclaré, n’ayant aucun membre de sa famille en France (mis à part le frère en question), elle n’avait aucun titre pour bénéficier d’une autorisation de séjour. La jeune femme est donc placée en garde à vue à la gendarmerie de Château-Renard, puis rapidement expulsée vers le Maroc, malgré la mobilisation de quelques associations locales.

Le 8 mars, à l’occasion de la Journée internationale de la femme mais surtout à six jours du premier tour des élections régionales, Sarkozy annonce qu’il autorise la jeune marocaine à revenir en France. Elle revient aussitôt.

Le 20 mars, le préfet de la région Centre, Bernard Fragneau, adresse une lettre officielle à Brice Hortefeux pour lui demander d’être relevé de ses fonctions qu’il estime ne plus pouvoir exercer.

En clair, le préfet a fait appliquer la loi, le président de la République l’a publiquement désavoué et le préfet ne l’a pas supporté.

Certes, il y a quelque de chose d’un peu gênant à ce qu’une gamine allant se mettre sous la protection de la gendarmerie se retrouve en garde à vue puis expulsée. Les immigrés clandestins ont le droit aux soins dans nos hôpitaux et peuvent envoyer leurs enfants dans nos écoles publiques. Mais il aurait été pour le moins paradoxal que la gendarmerie se mette à protéger une clandestine qui aurait déjà dû avoir quitté le territoire depuis trois mois. Inconsciente, elle s’est jetée dans la gueule du loup. On peut d’ailleurs s’étonner qu’elle n’ait pas été expulsée plus tôt, dès son avis de reconduite à la frontière, alors que tout le monde savait parfaitement où elle résidait.

Il faut savoir ce qu’on veut. Veut-on, oui ou non, lutter contre l’immigration clandestine ? Si oui, il faut expulser les clandestins même si chaque cas individuel devient, évidemment, un cas humain, forcément douloureux et difficile à traiter. La loi est dure mais c’est la loi. Le préfet n’a fait que l’appliquer.

Le chef de l’Etat avait-il à intervenir ?

On sait que selon l’article 17 de la Constitution, « le président de la République a le droit de faire grâce à titre individuel ». Vieux souvenir de l’époque de nos rois que Sarkozy, lui-même, avait contesté lors de sa campagne. L’article 17 de la Constitution de 1958 déclarait : « Le président de la République a le droit de faire grâce ». On a ajouté « à titre individuel ».

Mais cet article n’a même pas été évoqué dans l’affaire en question. Il n’aurait d’ailleurs sans doute pas pu s’appliquer. Sarkozy a simplement décidé, selon son seul « bon plaisir », de faire un petit coup médiatique, électoraliste, à destination des féministes et des défenseurs des immigrés clandestins, à quelques jours d’un scrutin qui s’annonçait difficile. Cà s’appelle de la démagogie.

Pour les fonctionnaires de terrain –et notamment, bien sûr, pour le préfet de la région Centre, préfet du Loiret- la chose était intolérable. Depuis l’élection de Sarkozy à la présidence, on ne demande plus seulement à nos préfets de faire appliquer la loi, on leur demande de « faire du chiffre », d’avoir « des résultats ». Sarkozy veut pouvoir publier des communiqués de victoire notamment dans ses domaines de prédilection, la sécurité et la lutte contre les clandestins. Les préfets qui n’ont pas assez d’immigrés clandestins expulsés sont convoqués au ministère de l’Intérieur.
Cette politique du chiffre scandalise, évidemment, tous les fonctionnaires et « pourrit » le travail de l’administration qui doit désormais, chaque mois, avoir son lot de délinquants arrêtés, de dealers sous les verrous, de clandestins expulsés.

Mais quand, en plus, le souverain décide brutalement de contredire son préfet qui n’a fait qu’appliquer la loi, cela devient insupportable.
Sarkozy n’a toujours pas compris qu’il n’avait ni tous les pouvoirs ni tous les droits, qu’il ne pouvait pas décidé n’importe quoi, sur un coup de tête, pour faire la « une » de la presse et l’ouverture du journal télévisé. Combien de décisions plus ou moins importantes ont-elles été prises, depuis trois ans, par l’Elysée, sans aucune consultation, sans aucune réflexion et simplement pour le « bon plaisir » du prince ?
L’affaire Fragneau est, certes, anecdotique et sera vite oubliée mais elle révèle le malaise actuel de l’administration en face d’un pouvoir « monocratique ».

Malaise que ressent aussi l’opinion. « Je suis mal à l’aise », a dit Villepin en annonçant la prochaine création de son parti politique.
L’article 5 de la Constitution affirme : « Le président de la République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ». Nulle part, il n’est précisé qu’il peut faire n’importe quoi.

30 Mar 2010 Commentaires fermés sur Le préfet, la loi et le « bon plaisir » du président

Juppé sort du bois

Moins d’une semaine après la déroute des régionales, deux des ténors de la droite se sont déjà pratiquement inscrits pour les prochaines présidentielles. Dominique de Villepin a annoncé qu’il allait créer un parti politique et Alain Juppé a fait savoir qu’il serait tout à fait prêt, au cas où Sarkozy ne se représenterait pas en 2012, à être candidat à des primaires à droite.

Les circonstances suscitent, bien sûr, des vocations. Tout le monde a compris que la défaite de l’UMP, les 14 et 21 mars, n’était pas due uniquement au désintérêt des Français pour les régionales, aux difficultés inhérentes à tout scrutin « intermédiaire » ni même à la crise que traverse actuellement le pays.
Pour tout le microcosme politique, et notamment pour les gens de droite, cette claque retentissante donnée au pouvoir n’est rien d’autre qu’un rejet massif et global de Sarkozy lui-même par l’opinion.

Les sondages le confirment. 65% des Français sont « mécontents » de Sarkozy alors qu’il n’y en a que 45% à être « mécontents » de Fillon. Ces vingt points d’écart entre le président et son premier ministre démontrent très clairement que c’est moins la politique menée par le gouvernement que la personnalité même de Sarkozy qui est rejetée par les Français.

On peut imaginer sans peine que les Français reprochent à Sarkozy à la fois son coté « bling-bling », son agitation permanente en tous sens, ses initiatives intempestives à propos de tout et de n’importe quoi, ses déclarations à l’emporte-pièce, ses volte-face, son omniprésence, son autosuffisance et son autosatisfaction, ses rodomontades et ses déclarations de victoire au lendemain d’opérations qui ont déjà tourné en eau de boudin. Ce que je m’étais permis d’appeler, dans un premier livre, « ses galipettes et ses cabrioles » et, dans un second, « ses balivernes et ses fanfaronnades ». En un mot comme en cent, les Français reprochent à Sarkozy son manque de tenue pour un chef d’Etat, son incapacité viscérale à remplir et le rôle et la mission.

Au fond, les Français se sont aperçus qu’ils s’étaient trompés sur le bonhomme, le soir même de sa victoire avec la fameuse, mémorable et épouvantable soirée du Fouquet’s qui mit au grand jour les goûts de parvenu du nouveau chef d’Etat.
Depuis, rien n’a changé. Tout s’est même aggravé avec un divorce, un remariage avec un top model, des rumeurs sur ce nouveau couple invraisemblable, l’affaire de l’Epad, une pseudo ouverture à gauche à la recherche de paillettes parisiennes (Kouchner et Frédéric Mitterrand) et, bien sûr, une cascade d’erreurs politiques et de gadgets médiatiques que seule l’inconsistance du personnage pouvait expliquer : la réception de Khadafy, la création de l’Union pour la Méditerranée, la pub à la télévision, la suppression sur un coup de tête de la TVA, l’affaire de l’identité nationale, les zigzags sur l’écologie, etc.

La majorité des Français est convaincue désormais que « ce type n’est pas fait pour le job ».
Ses derniers amis affirment que Sarkozy a encore deux ans pour changer, pour recentrer sa politique sur l’essentiel (l’emploi, les retraites, les déficits), pour en revenir aux « fondamentaux » de 2007, pour se calmer avec sa politique d’ouverture. Mais là n’est pas le problème. C’est lui dont les Français ne veulent plus aujourd’hui.

Villepin hésitait jusqu’à présent, redoutant d’avoir l’air de régler des comptes personnels avec celui qui voulait le pendre à un croc de boucher. Maintenant, il n’a plus aucune raison de se priver. Les Français semblent lui donner raison sur toutes les critiques qu’il pouvait formuler.
Juppé, lui, était encore plus prudent. Il se contentait de lâcher, de temps en temps, quelques petites phrases un peu assassines mais qui pouvaient passer pour des conseils amicaux. Il a compris maintenant qu’il pouvait prendre le large.
Il nous dit qu’il sera candidat (à la candidature) si Sarkozy, pour des raisons personnelles, ne se représente pas en 2012.
C’est un peu hypocrite. Car cela veut dire qu’il souhaite évidemment être candidat et donc, ipso facto, qu’il souhaite que Sarkozy ne le soit pas. Il se présente en « recours éventuel ». Cela rappelle le discours de Rome de Pompidou. Ce n’est rien d’autre qu’un coup de poignard dans le dos. En clair, il déclare aux parlementaires de l’UMP : Ne vous inquiétez pas, je suis là, vous n’êtes plus obligés de jouer un cheval qui est devenu un tocard et qui nous mène droit à la défaite.

Très curieusement, quelques heures après ce brusque retour dans l’arène de Juppé, Xavier Bertrand a tenu à rappeler que « même le président de la République » devrait passer par les primaires pour être désigné comme candidat officiel. Stupéfiant de la part de ce courtisan chevronné ! Sentirait-il le vent ?

Fillon, lui, la veille, avait déclaré : « Nicolas Sarkozy est le candidat naturel en 2012 ». En quelques heures, le candidat « naturel » est devenu un candidat « comme les autres », soumis à l’examen des primaires.

Peut-on, alors imaginer des primaires à droite avec comme candidats Sarkozy, Fillon, Juppé, Villepin et même quelques autres du genre Copé ? Sarkozy ne partirait évidemment pas favori dans une telle compétition inédite.
Il y a peu de chance qu’on en arrive jusque là. Mais ce qui est sûr c’est qu’ils vont être nombreux maintenant à conseiller amicalement à Sarkozy de ne pas se représenter. Ambiance, ambiance.

Pendant les deux ans à venir, on va avoir, d’un coté, une Martine Aubry, triomphante, aux prises avec les appétits de tous ses nouveaux « amis », et, de l’autre coté, un Sarkozy, vaincu, harcelé par tous ses anciens « amis ». Dans quel état seront-ils tous à l’arrivée ?

29 Mar 2010 Commentaires fermés sur Juppé sort du bois

Une ministre « désespérée », un président qui « n’apprécie pas »

Une fois de plus –du moins sur ce sujet- Chevènement avait raison. « Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne ». En tous les cas, çà ne pleurniche pas. Ou alors il faut le virer.

Chantal Jouanno s’est dite « désespérée » après l’annonce du renvoi aux calendes grecques de la Taxe carbone.
Sur le fond, on peut la comprendre. Elle s’est soudain sentie non seulement désavouée et même trahie, mais totalement ridiculisée par celui-là même qu’elle pensait servir de son mieux (et qui avait fait sa carrière).

Depuis des mois, cette secrétaire d’Etat à l’Ecologie, championne de karaté, se démenait pour essayer de démontrer que la droite pouvait être au moins aussi « verte » que la gauche et même que les écologistes patentés.
Elle rappelait sans cesse toutes les promesses du candidat Sarkozy sur le développement durable et ses embrassades d’alors avec Nicolas Hulot, toutes les déclarations du président à peine élu sur la « révolution écologique » qui était notre seul avenir et qui allait nous sauver de tous nos malheurs ; elle brandissait le souvenir du Grenelle de l’Environnement que le même Sarkozy avait clôturé en s’écriant textuellement et sans craindre le ridicule : « Je veux que ce Grenelle soit l’acte fondateur d’un New deal écologique en France, en Europe, dans le monde » (sic !). Elle évoquait même le courage avec lequel son président s’était battu (en vain) lors du Sommet de Copenhague sur le climat pour défendre la croissance verte.
Bref, Chantal Jouanno y croyait et… elle n’avait rien compris.

Pourtant, elle aurait du commencer à connaître le bonhomme. Elle le suit aveuglément depuis 2003 et elle l’a servi fidèlement aussi bien au ministère de l’Intérieur, qu’au Conseil général des Hauts-de-Seine ou qu’à l’Elysée, avant de recevoir, en récompense pour ses bons et loyaux services, ce demi maroquin de l’Ecologie.
Mais non. Elle n’avait pas vu que la conversion inattendue aux fruits et légumes de ce carnivore de Sarkozy n’était évidemment rien d’autre que de électoralisme. Elle ne l’avait même pas compris quand le président en avait brusquement rajouté encore une louche, comme par hasard, au lendemain de la belle performance des écologistes aux Européennes. Cà crevait pourtant les yeux.
La pauvre Chantal continuait sur son petit nuage, se prenant, avec une naïveté confondante, pour Cyrano de Bergerac (du nom de sa promotion de l’ENA) tout en jouant les Don Quichotte avec ses éoliennes en guise de moulins à vent.

Mais Sarkozy, lui, avait fini par s’apercevoir qu’il faisait complètement fausse route et qu’il ne récupérerait jamais une seule voix des écologistes, malgré ses balivernes et tous les efforts de sa brave secrétaire d’Etat. Les sondages étaient formels.
Pire encore, en jouant cette carte contre-nature, il horripilait des pans entiers de son électorat de base, des agriculteurs au patronat, en passant par les ménages modestes. Tous en avaient assez, en pleine crise et devant la remontée du chômage, de ces élucubrations de « bobos » qui remettaient en cause le principe même du progrès et de la croissance. Et la Taxe carbone –encore un impôt de plus, même s’il ne voulait pas dire son nom !- que condamnaient aussi bien le Conseil constitutionnel que Ségolène Royal du fin fond de son Poitou. symbolisait cette dérive

Chantal Jouanno n’a sans doute pas entendu Sarkozy déclarer froidement au Salon de l’Agriculture (qui ne lui porte décidemment pas chance) « Les questions d’environnement, çà commence à bien faire ». Elle aurait deviné qu’il fallait désormais lever le pied et que la Taxe carbone était condamnée. Quand on est ministre, il faut savoir avaler les couleuvres et ne pas s’étonner que les promesses ne soient pas tenues.
Prise complètement à contre-pied par la volte-face présidentielle, Chantal Jouanno aurait dû, évidemment, démissionner immédiatement. Elle a préféré se contenter d’étaler publiquement ses états d’âme. « Je suis désespérée ».

Cela dit, Sarkozy n’a pas été meilleur dans l’affaire. Un président de la République ne garde pas dans son équipe un ministre qui se dit « désespéré » par la politique menée par le gouvernement. Il le vire dans la demi-heure. Il s’est contenté de dire qu’il n’avait pas « apprécié » les propos de Chantal Jouanno. Indulgence incroyable qui ne peut que relancer toutes les rumeurs qui avaient couru ces derniers temps à propos du président et de sa secrétaire d’Etat.
Le même jour, le même président de la République faisait virer de l’armée un capitaine de gendarmerie qui s’était permis, lui, de contester la fusion de la gendarmerie de la police. Le capitaine n’avait pas respecté son « devoir de réserve ».
Les membres du gouvernement ne sont donc, eux, pas tenus à ce devoir de réserve…

Chantal Jouanno a, d’une certaine manière, raison. C’est désespérant.

27 Mar 2010 Commentaires fermés sur Une ministre « désespérée », un président qui « n’apprécie pas »

Faut-il rouvrir les maisons closes?

Comme tous les deux ou trois ans (depuis maintenant plus de soixante ans), un parlementaire de deuxième ou troisième catégorie, à la recherche d’un peu de notoriété, tente de ressortir le dossier des maisons closes. Faut-il, oui ou non, les rouvrir ?
Il semble qu’aujourd’hui les Français aient d’autres soucis en tête, mais la question fait tout de même un peu causer dans les bistrots.

J’avoue n’être pas un spécialiste du problème de la prostitution. Mais ce que je trouve passionnant dans ce débat, dès qu’on entrouvre le dossier, c’est qu’une fois de plus –et ici sans doute plus qu’ailleurs- surgit aussitôt le conflit entre nos « grands principes », sacrés et qu’il faut défendre bec et ongle, et la « cruelle réalité des choses » qu’on doit, évidemment regarder en face avec un minimum de lucidité. Et entre les deux, il y a ce qu’il faut bien appeler l’hypocrisie générale.

Nos grands principes nous imposent évidemment de condamner toutes les formes de prostitution. Il n’y a rien de plus inadmissible, intolérable que le trafic des êtres humains, la « traite des blanches » et le proxénétisme qui n’est qu’une des pires formes de l’esclavagisme. Sans parler de toutes les conséquences qu’entraîne inévitablement la prostitution sous tous ses aspects, la violence, la drogue, etc.
Là-dessus, nous serons tous d’accord et nous dirons donc en chœur qu’il serait scandaleux qu’à l’heure des Droits de l’Homme, de la libération de la femme et de la lutte contre toutes les discriminations sexistes, la République se mette à légiférer pour autoriser, légaliser, organiser la prostitution. Alors qu’au nom de la dignité de la femme, certains voudraient interdire la burqa, d’autres voudraient officialiser la prostitution ! En rouvrant les maisons closes, en gérant les bordels, l’Etat deviendrait, d’une certaine façon, proxénète à son tour.

Cela dit, après avoir gambadé à cheval sur nos grands principes, il faut bien remettre pied à terre pour patauger dans la boue de la réalité.
La prostitution est « le plus vieux métier du monde ». Jamais, au cours des siècles, nulle part à travers le monde, aucune loi, aucune répression n’a pu l’éradiquer de nos civilisations. Il semble même qu’aujourd’hui, avec la mondialisation qui facilite l’internationalisation du trafic de la chair humaine et avec l’explosion du trafic de la drogue qui permet, disent les spécialistes, de « tenir » bien souvent les filles, la prostitution se soit considérablement développée dans nos villes.

S’en tenir à nos grands principes relève alors, il faut le reconnaître, d’une certaine hypocrisie. Au nom de notre morale et parfaitement conscients que nous ne pouvons rien faire contre ce plus vieux métier du monde, nous préférons fermer les yeux. Et le fléau se propage.
Les partisans de la réouverture des maisons closes ont alors beau jeu de nous affirmer que les bordels sont un « moindre mal », que les filles ne sont plus exposées aux dangers de la rue, qu’elles sont protégées, contrôlées, surveillées et même (voire surtout) cachées à la vue de notre société faussement pudibonde.

Mais le principe du « moindre mal » est toujours redoutable. C’est avec ce même principe que certains peuvent affirmer aujourd’hui qu’il faudrait que les pouvoirs publics légalisent la vente libre de toutes les drogues… afin d’éliminer les trafics et les trafiquants. Le principe du moindre mal c’est toujours capituler devant le mal en question.
En fait, la question est simple : faut-il, au nom de nos grands principes, fermer les yeux et ignorer la réalité, ou faut-il, au nom du moindre mal, se faire complice de l’inadmissible ?

D’ailleurs, attention ! Tout se complique ici encore davantage. Quand on condamne la prostitution au nom des grands principes, on en oublie un. Se pose, en effet, soudain, une question à laquelle on ne s’attendait pas : un être humain a-t-il le droit de louer son propre corps ? Est-il libre de se prostituer volontairement ?

Si l’Etat a parfaitement le droit et le devoir (au nom de la protection de la liberté de chacun) de pourchasser les proxénètes qui imposent, généralement par la violence, leur déchéance à ces filles soumises, s’il doit (au nom de la lutte contre le trafic des êtres humains) pourchasser les hôteliers véreux qui tirent profit de la prostitution, s’il peut même (au nom de la tranquillité des lieux publics) interdire le racolage, à quel titre pourrait-il interdire à une femme (ou à un homme) de « vendre ses charmes », selon l’expression consacrée, dès lors qu’elle est consentante (ou il) et qu’il n’y a pas trouble à l’ordre public ?

Alors ? Eh bien, finalement, il vaut sans doute mieux, comme toujours, être intransigeant sur les principes. Quitte, en effet, à fermer les yeux de temps en temps. Non, il ne faut pas rouvrir les maisons closes ce qui reviendrait à tolérer les maison de tolérance et à donner la bénédiction de la République à la prostitution. Il faut poursuivre la lutte contre le proxénétisme, contre les hôteliers véreux et complices, contre la racolage et refuser le principe du moindre mal qui n’est jamais rien d’autre qu’une forme de capitulation par lâcheté.

Entre l’hypocrisie ou l’abandon des grands principes, mieux vaut choisir la première.
Et tant pis, personne ne connaîtra jamais le nom du parlementaire qui voulait rouvrir les maisons closes…

26 Mar 2010 Commentaires fermés sur Faut-il rouvrir les maisons closes?

Villepin: la mayonnaise peut-elle prendre?

Dominique de Villepin a annoncé ce matin qu’il allait créer son parti politique. Ce n’est pas une surprise. Cela fait des mois qu’il avance, pas à pas, et à pas de moins en moins feutrés, vers une candidature à la présidence en 2012, distillant ses déclarations acerbes contre Sarkozy, multipliant ses voyages en province pour rencontrer et écouter les Français, développant un « Club Villepin » qui compterait aujourd’hui 15.000 adhérents.

Ce matin, naturellement, il pouvait triompher. Les résultats des régionales lui ont donné raison. En s’abstenant ou en allant même jusqu’à voter Front National, les électeurs de droite ont condamné pêle-mêle le coté « bling-bling » de Sarkozy, le déluge de réformes en tous sens, mal préparées, mal fagotées, mal expliquées et souvent totalement inutiles, l’injustice sociale qui ne fait que s’aggraver, l’incapacité du pouvoir à faire face à la crise économique et sociale, l’augmentation de tous les déficits, le principe de la liste unique qui a interdit aux différentes familles de la majorité de pouvoir s’exprimer au premier tour, etc.

Villepin a « flingué » à vue toute la politique de Sarkozy et son autisme face à la colère du pays et même à celle de son camp. Tout a été bon, du bouclier fiscal à la burqa, en passant par l’explosion des gardes à vue. Son réquisitoire a été sans pitié, plus violent que toutes les attaques de tous les orateurs du PS réunis.
« Je suis mal à l’aise devant la politique menée », a-t-il déclaré. Dans sa bouche de diplomate bien élevé cela veut dire qu’il éprouve contre le sarkozysme en action le même ras-le-bol (explosif) que la majorité des Français.
Brandissant la République, la Nation, la Liberté, l’Egalité, Villepin s’est présenté en « gaulliste social », annonçant qu’il entendait créer un « grand rassemblement populaire » avec « toutes les bonnes volontés » et « au dessus des clivages habituels ». Sans être l’Appel du 18 juin (le mouvement sera créé officiellement le 19 juin et ce n’est sûrement pas une coïncidence) c’était, ce matin, toutes proportions gardées, bien sûr, de Gaulle annonçant la création du RPF.

Sur le papier, Villepin a, aujourd’hui, un « boulevard » devant lui. Sarkozy est au fond du trou, les électeurs de droite sont à la recherche d’un candidat et le centre n’existe plus (Bayrou payant au prix fort ses innombrables maladresses et son pseudo ralliement à gauche et Morin étant inexistant).
Certes, depuis quelques semaines, dans le microcosme politique, on parle beaucoup de Fillon comme d’un candidat possible, plausible souhaitable pour la droite en 2012. Certains sondages le placent devant Sarkozy. Et ce week-end, il est évident que les relations entre le président et son premier ministre se sont tendues pour ne pas dire détériorées.

Pour répondre à la claque des régionales, Fillon voulait un vaste remaniement ministériel avec le départ des ministres d’ouverture, il ne souhaitait pas l’entrée au gouvernement de Baroin et de Tron et il demandait une claire redéfinition de la politique pour les mois à venir, avec un « recentrage » sur les sujets essentiels et un retour aux « fondamentaux ». C’est cette position qui l’a fait acclamer par le groupe UMP de l’Assemblée dès mardi soir, lors d’une réunion au cours de laquelle on a même entendu les cris « Fillon président ! »
Du coup, Sarkozy, furieux de ces crimes de lèse-majesté a interdit à Fillon d’aller au journal télévision de TF1 pour commenter les résultats des régionales et expliquer la politique qu’il entendait mener. Et le président n’a pas caché à ses proches qu’il comptait bien, cette fois, se débarrasser de Fillon dès la réforme des retraites passée.

Fillon, héros des parlementaires de la majorité, peut-il pour autant devenir celui des électeurs de droite ? Tout dépendra des circonstances dans lesquelles il sera « viré » de Matignon et surtout de la candidature ou non de Sarkozy. Un premier ministre qui se présente contre son président n’a guère, a priori, les faveurs des électeurs. Chirac en a fait les frais en 1981. Mais si jamais Sarkozy n’était pas candidat à sa propre réélection (ce que personne ne veut croire pour l’instant) tout deviendrait possible pour Fillon.
Les autres prétendants éventuels, Juppé qui hésite à sortir du bois, Copé qui ne sait plus sur quel pied danser entre critiques et soutien, sont encore loin de la qualification et ne pourraient guère se présenter contre Sarkozy.

Villepin, lui, n’aura pas à avoir ce genre de pudeur que Sarkozy soit ou non candidat. En voulant le « pendre à un crochet de boucherie », Sarkozy lui a rendu toute sa liberté et l’a, fort maladroitement, désigné comme son adversaire officiel.
Reste, bien sûr, à savoir si Villepin pourra « faire monter la mayonnaise », devenir crédible et s’imposer dans le peloton de tête.
Ses adversaires font remarquer qu’il traîne derrière lui la responsabilité de la dissolution de 1997, l’affaire de CPE et l’immobilisme de l’ère chiraquienne. Mais tout cela devient de l’histoire ancienne et on évoque maintenant avec nostalgie le chiraquisme qui revient à la mode.
Ses partisans soulignent que les Français n’ont pas oublié son « fameux discours » de l’ONU contre l’intervention en Irak, que sa prestance d’homme d’Etat comblerait tous ceux que la dégaine de Sarkozy scandalise et que, la France de droite étant visiblement à la recherche d’un homme providentiel, ce gaulliste social pourrait la séduire.

On dit qu’il n’a, pour l’instant, personne derrière lui, à part une minuscule poignée d’inconditionnels. D’abord, il est évident que le vent étant en train de tourner, il pourrait rapidement récupérer tous les rats qui s’apprêtent à quitter la galère de Sarkozy. Ensuite, les présidentielles sont un face-à-face entre un candidat et le peuple. Giscard a été élu, en 1974, sans avoir grand monde derrière lui. Villepin manque aussi cruellement de moyens financiers pour mener une campagne nationale. C’est vrai. Mais, là encore, pour peu que les sondages se mettent à frémir en sa faveur, il y a fort à parier que les généreux bienfaiteurs se multiplieront.

Le vrai problème de Villepin, c’est son image car si les uns parlent de sa prestance, d’autres parlent de sa morgue.
Aujourd’hui, et depuis longtemps mais personne ne veut le reconnaître, les programmes des candidats n’ont plus aucune importance. Les électeurs ne les lisent plus car ils savent, d’expérience, que les promesses ne sont jamais tenues et que d’ailleurs, au cours d’un quinquennat, des questions, des problèmes, des crises surgissent auxquels on ne s’attendait pas et qui donc n’avaient été prévus dans aucun programme ni aucune déclaration.
Ce que les électeurs veulent c’est donc un homme (ou une femme) qui aura l’envergure, la carrure, la résistance, l’intelligence d’affronter l’inattendu au milieu des pires tempêtes. Là, Villepin semble mieux placé que beaucoup d’autres à droite.

Villepin se plaçant en dehors de l’UMP sait très bien qu’il ne sera pas, selon toute vraisemblance, le seul candidat de la droite et qu’on l’accusera alors de diviser son camp. Mais jamais la droite n’a eu un seul candidat au premier tour des présidentielles. On a vu De Gaulle-Lecanuet, en 1965, Pompidou-Poher, en 1969, Giscard-Chaban, en 1974, Gicard-Chirac, en 1981, Chirac-Barre, en 1988, Chirac-Balladur, en 1995, Chirac-Beyrou, en 2002 et même Sarkozy-Bayrou en 2007. Ce qui n’a pas empêché cette droite divisée (mais pouvant ainsi ratisser plus large) de gagner six fois sur huit.

Aujourd’hui, tout le monde reconnaît que Villepin a un fabuleux pouvoir de nuisance. Avec 5% des voix au premier tour de 2012, il peut être pour Sarkozy (si celui-ci se représente) ou pour tout autre candidat « officiel » de droite ce que Chevènement a été pour Jospin en 2002. Or, certains le créditent déjà de 10%, avant même qu’il n’ait lancé son mouvement.
Avec plus de 16/17%, il peut entrer en lice pour le second tour et se retrouverait alors face à Martine Aubry, Strauss-Kahn ou Ségolène Royal. Le gaullisme social contre la social-démocratie. Visiblement, Villepin en rêve déjà.

On n’en est pas encore là. Il reste deux ans à Sarkozy pour tenter de remonter sur son cheval (il n’en prend pas le chemin), à Fillon et aux autres pour se positionner et à Villepin pour imposer son image d’homme d’Etat. Mais il ne fait déjà plus sourire à l’Elysée où on se demande si l’appel dans l’affaire Clearstream a été une bonne idée.

25 Mar 2010 Commentaires fermés sur Villepin: la mayonnaise peut-elle prendre?

Et il nous ressort la burqa!

Tous les cavaliers le savent, quand on a été sévèrement désarçonné et qu’on s’est ramassé, il est toujours difficile de remonter sur son cheval.

A l’issue du Conseil des ministres d’aujourd’hui, trois jours après la débâcle des régionales, Nicolas Sarkozy a tenté de faire face à l’adversité et de regrimper sur sa monture. En substance, il nous a déclaré : « J’ai entendu le message des Français mais je garde le cap des réformes car nous n’avons pas d’autre choix ». En clair : vous m’avez donné tort, mais j’ai raison et je continue donc comme avant et comme si de rien n’avait été. Autant dire qu’il a peut-être entendu le murmure de la colère, voire même écouté les doléances de certains mais qu’il n’a rien compris à ce qu’on lui disait, à croire qu’il ne parle plus la même langue que les Français.

Au soir des élections régionales et de la déculottée administrée à l’UMP, on aurait pu s’attendre à du « Grand Sarkozy », avec un superbe numéro de prestidigitateur, des lapins et des perroquets sortant de son chapeau, des dossiers disparaissant comme par miracle et une femme coupée en deux avant de ressusciter. Mais l’artiste a visiblement perdu la main.
Il était évident qu’un grand remaniement gouvernemental s’imposait.

D’abord, pour renvoyer à leurs anciennes amours les ministres dits « d’ouverture » qui rendent fous de rage les électeurs et les élus de l’UMP et qui ont tous -Kouchner, Besson, Bockel, Fadela Amara, Mitterrand- fait preuve d’une totale incompétence, quand ce ne fut pas d’une dangereuse maladresse, dans leurs ministères respectifs. Le cas de Besson est caricatural de ce point de vue.

Ensuite, pour renvoyer à leurs chères études ceux qui, tout membres de l’UMP qu’ils étaient, avaient su, par leur insuffisance, se mettre à dos les catégories socioprofessionnelles dont ils avaient plus ou moins la charge. On pense, bien sûr, à Roselyne Bachelot qui, non contente d’avoir géré d’une manière délirante la crise de la grippe A, a déclenché une véritable révolte dans le corps médical.
Bref, on attendait des têtes nouvelles (et bien faites) pour affronter la seconde moitié du quinquennat avec un esprit de reconquête, sabre au clair et drapeau claquant au vent.

Au lieu de cela, nous avons eu deux départs (dont un volontaire), Darcos et Hirsch et trois arrivées qui ne font rêver personne : un chiraquien, Baroin, un villepiniste, Tron, et un centriste, Daubresse.
On nous affirme que l’entrée de ces trois lascars au gouvernement prouve que Sarkozy a su répondre au malaise de sa majorité. Rien n’est moins sûr. Quant à l’opinion publique, elle a surtout l’impression que Sarkozy s’est acheté, pour pas cher, des renégats qui sont simplement « allés à la soupe ».

Il paraît que le grand remaniement (qui s’impose) aura lieu à l’automne, après l’adoption de la réforme des retraites qu’on prévoit difficile. Sarkozy imagine donc que cette réforme des retraites va « carboniser » Fillon, Woerth, Baroin (qui a accepté le cadeau empoisonné du Budget) et une bonne partie de l’actuel gouvernement et qu’ensuite il pourra partir à l’assaut des présidentielles de 2012, avec une équipe flambant neuve, « vierge », qui n’aura rien à assumer des vingt huit premiers mois du quinquennat. Trouvera-t-il des volontaires ? On en trouve toujours.

Plus spectaculaire que ce mini remaniement : l’abandon de la Taxe Carbone, annoncée dès mardi soir par Fillon aux députés UMP. Elle avait été imaginée pour tenter de séduire les écologistes mais était totalement absurde, économiquement et socialement. C’est ce qu’avait souligné le Conseil constitutionnel en retoquant la première version. Elle était, en plus, politiquement dévastatrice pour l’homme qui avait juré qu’il ferait baisser les prélèvements obligatoires. Les régionales ayant démontré clairement à Sarkozy qu’il n’avait aucune chance de jamais pouvoir récupérer les écologistes, il a compris qu’il était inutile de continuer à se mettre à dos les agriculteurs et les milieux économiques et les ménages.

Bien sûr, il ne renonce pas, bien au contraire, à cette Taxe Carbone (dont il avait juré qu’elle serait imposée dès le 1er janvier…dernier) mais il attend désormais que nos 26 partenaires européens l’approuvent à leur tour (et à l’unanimité) pour la mettre en application. Nous avons donc le temps ! D’autant plus que plusieurs des dits partenaires ont déjà fait savoir, très clairement, qu’ils étaient farouchement hostiles à cette Taxe Carbone. Il n’y a donc plus rien à craindre. D’ailleurs, on ne voit pas pourquoi, à l’heure de la mondialisation et de la concurrence sauvage de tous les pays émergeants, on imposerait une telle taxe aux seuls européens. Il vaudrait sans doute mieux attendre que le monde entier en accepte le principe et l’adopte à son tour. Sarkozy aurait mieux fait de reconnaître que, devant le tollé général provoqué par cette taxe supplémentaire, il y renonçait.

Aujourd’hui, Sarkozy a tenu à s’adresser à la nation. Il entendait sans doute répondre à ce que les électeurs venaient de lui lancer au visage.

Il s’est, d’abord, adressé aux agriculteurs qui vivent depuis quelques mois une crise sans précédent et qui ont ostensiblement déserté le camp sarkozyste lors de ces régionales. Que leur a-t-il dit ? Qu’il était prêt à provoquer « une crise européenne majeure » pour défendre la PAC. Quel agriculteur français pourrait croire, un seul instant, en de telles rodomontades ? Chacun sait, depuis longtemps, que Sarkozy n’impressionne plus nos partenaires européens avec ses menaces et ses moulinets. Il ne les fait plus que sourire.

Puis, il s’est adressé au corps médical et notamment aux médecins de ville qui, eux aussi, l’ont pour le moins boudé dans les urnes. Là, les promesses sont encore plus vagues. On va s’occuper d’eux, promis, juré.
Abordant le problème de la réforme des retraites, il s’est fait plus modeste, répétant que la réforme ne passerait pas « en force ». Il veut le consensus de tous et notamment des syndicats. C’est une bonne idée, sauf que… les syndicats ne veulent pas de la réforme, se refusent énergiquement à un allongement de la durée de cotisations et qu’il y a bien peu de chance qu’ils se mettent à être « raisonnables » devant un pouvoir aussi affaibli. On ne voit pas pourquoi les syndicats joueraient maintenant le jeu avec la droite alors que la gauche est majoritaire dans le pays.
Il y avait quelque chose de pathétique, hier, chez Sarkozy.
A bout d’arguments, il en est revenu tout naturellement à son fonds de commerce : la sécurité. Histoire, bien sûr, de faire un clin d’œil suppliant à tous ceux qui avaient voté pour lui en 2007 et qui s’en étaient retournés chez Le Pen ces derniers jours. Une fois de plus, il nous a affirmé que nous allions voir ce que nous allions voir.

Et, ne sachant sans doute, là encore, plus quoi inventer, il nous a ressorti l’histoire de la burqa.
La burqa, c’est du velours. On peut en rajouter, faire des ronds de jambe et des effets de manche. C’est sans risque. De la bonne démagogie à l’état pur. Si bonne que personne, ni à droite, ni à gauche, ni au centre, ni nulle part n’a jamais osé dire la vérité et faire la moindre objection.
Or, cette affaire est sans doute un peu, voire beaucoup plus compliquée qu’il n’y parait et émettre quelques réserves sur l’interdiction de la burqa n’est pas forcément faire du militantisme en faveur du terrorisme islamiste.

On peut être farouchement hostile aussi bien au port de la burqa qu’à une loi qui l’interdirait.
D’abord, il y a beaucoup trop de lois dans ce pays (nous sommes soumis à plus de 550.000 textes !) qui, pour la plupart, interdisent quelque chose ce qui fait que « le pays de toutes les libertés » est devenu, depuis longtemps, « le pays de tous les interdits ».
« Arrêtez d’emmerder les Français », disait Georges Pompidou qui ajoutait : « il y a beaucoup trop de lois idiotes dans ce pays. Laissez les vivre et vous verrez que çà ira beaucoup mieux ».
Faire une loi de plus pour interdire le port de la burqa aux 2 ou 3.000 femmes qui le portent en France (sur 65 millions d’habitants) est évidemment ridicule.

Ensuite, il ne faut jamais oublier que les interdits suscitent toujours des vocations. Il y a quelques mois, on comptait à peine quelques centaines de femmes portant la burqa. Généralement, c’étaient des Françaises « de souche » ayant épousé des musulmans extrémistes et s’étant converties. Les convertis font toujours du zèle. Depuis qu’on parle tant de la burqa pour la stigmatiser, ses adeptes se sont multipliées. On répond immanquablement par la provocation à une provocation. Or, pour beaucoup de gamines musulmanes, le battage fait autour de la burqa n’est rien d’autre qu’une provocation anti-musulmane. Elles n’auraient jamais eu l’idée de s’affubler d’une burqa, maintenant elles la portent

Ensuite encore, avant de voter une loi, le législateur devrait toujours se demander si elle sera applicable. Que va-t-on faire devant les femmes en burqa ? Leur infliger une amende ? Elles ne la paieront pas. Les jeter en prison ? Nos prisons sont pleines. Les expulser du territoire ? Elles sont bien souvent françaises. Leur arracher leur voile, puis les fouetter et les lapider sur la place publique ?
Et que va-t-on faire des princesses du Golf qui entrent recouvertes de leur burqa dans les magasins de la place Vendôme ou de l’avenue Montaigne ?
Les lois, c’est bien. Mais on les abroge, on les amende, on les oublie et certaines ne durent que le temps d’une législature. Au dessus des lois il y a ce qu’on appelle nos « grands principes » et c’est là que tout se joue.

Sarkozy vient de nous répéter que la burqa est « contraire à la dignité de la femme ». Et le topless ? Et la minijupe ? Chacun a le droit de se faire l’idée qu’il veut de la dignité. Ce n’est pas à la loi de la définir. « Contraire à la liberté de la femme ». Et nos religieuses contemplatives qui sont enfermées à vie dans certains couvents ?
Sarkozy oublie que le premier de tous nos grands principes c’est la liberté. Chacun est libre de croire en ce qu’il veut, de mener sa vie comme il l’entend, à condition, bien sûr, qu’il ne porte pas atteinte à la liberté d’autrui, de s’habiller comme il l’entend, dès lors qu’il n’y a pas attentat à la pudeur. Le curé en soutane, l’Ecossais en kilt, le Juif avec sa kippa, l’Indienne en sari, le Sikh avec son turban, l’Islamiste en burqa.

Disons la vérité : les femmes en burqa posent infiniment moins de problèmes à la société française (dont elles s’excluent d’elles mêmes) que les minarets, que le refus de certaines musulmanes d’être soignées par des hommes dans les hôpitaux publics ou d’aller dans les piscines municipales en même temps que les hommes, que l’exigence de certains musulmans d’avoir désormais une cuisine spécifique dans les cantines, etc. autant d’exigences-provocations devant lesquelles nous nous sommes depuis longtemps inclinés.
En s’en prenant à la burqa au nom de la dignité des femmes, nous nous recouvrons à notre tour d’un voile pudique pour cacher notre inquiétude devant un islam de plus en plus radical en France.

Ce n’est sûrement pas en prenant une loi d’interdiction (liberticide et inapplicable) que nous règlerons nos problèmes d’intégration et instaurerons des relations apaisées avec l’Islam L’expérience sur l’identité nationale lancée bien imprudemment par le même Sarkozy devrait servir de leçon. On ne joue pas impunément avec certains sujets.

Sarkozy s’adressait là encore à ceux qui l’ont abandonné pour rejoindre le Front National. Il y a peu de chances qu’il les ait convaincus et ils ne sont pas au cœur du problème.

24 Mar 2010 Commentaires fermés sur Et il nous ressort la burqa!

Et l’Afghanistan dans tout çà?

Ces élections régionales ont permis aux Français de donner leur opinion sur le bilan de la première moitié du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Le verdict a été cruel et sans appel.

Ils ont condamné tout à la fois le personnage (son fameux coté bling-bling, son manque de prestance présidentielle), sa politique d’ouverture à gauche, sa frénésie de réformes dans tous les sens et, surtout, ses innombrables promesses non tenues, ses échecs les plus graves (la lutte contre le chômage, contre la précarité, contre l’érosion du pouvoir d’achat des classes modestes, contre les déficits publics, contre l’insécurité).
Mais, très curieusement, personne n’a, au cours de cette campagne, évoqué le bilan tout aussi catastrophique de la politique étrangère menée depuis près de trois ans par le président de la République.

On dira que la politique étrangère est très loin d’un débat sur les régionales mais puisqu’on s’en est pris à l’ensemble du bilan de Sarkozy il aurait été normal, dans cet inventaire général, qu’on rappelle d’un mot quelques dossiers étrangers particulièrement mal gérés.
Tout le monde semble avoir oublié que nous avons, aujourd’hui, plus de dix mille hommes qui se battent au fin fond des montagnes perdues de l’Afghanistan, qui se font canarder comme des lapins, dans une guerre où nous n’avons rien à faire et qui est perdue d’avance.

Quand Sarkozy nous raconte que nous nous battons là-bas pour les Droits de l’Homme et pour que les Talibans n’obligent pas les femmes afghanes à porter le voile, il prouve qu’il ignore tout du dossier. Les femmes afghanes ont toujours porté ce voile, bien avant le règne des Talibans, du temps du roi, du temps de Daoud, du temps des communistes. C’est la mode locale et nous n’allons tout de même pas faire tuer nos soldats pour imposer la mini-jupe à l’un des peuples les plus archaïques de la planète.

Quand il nous dit que nous nous battons là-bas pour lutter contre le terrorisme international, il nous raconte n’importe quoi. Si Ben Laden est sans doute toujours quelque part dans une vallée à la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan, le terrorisme islamiste n’a pas besoin de ce sanctuaire afghan pour proliférer. Il a ses camps d’entraînement au Yémen, au Soudan, aux Philippines, en Indonésie, au Maghreb, il recrute et il perçoit l’impôt jusque dans nos cités de non-droit.

Quand il nous déclare que les forces de la coalition vont permettre à l’Afghanistan de retrouver la démocratie, il se moque de nous. Jamais ce pays féodal (à tous les sens du terme) fait de tribus indépendantes, de races qui se détestent entre elles, qui ne parlent pas la même langue, qui ne pratiquent pas le même Islam, d’une vallée à l’autre, n’a connu ni même entendu parler de la démocratie. Et ce ne sera jamais par les armes qu’on imposera la démocratie.

Enfin, quand il nous jure que nous allons gagner cette guerre, il nous ment effrontément. Jamais personne n’a pu gagner une guerre en Afghanistan. Ni les hommes d’Alexandre-le-Grand, ni ceux de la reine Victoria, ni les troupes soviétiques. L’Afghanistan est l’un des rares pays au monde qui n’a jamais pu être colonisé.

Pire, si toutes ces tribus se haïssent entre elles depuis des siècles, dès qu’un étranger tente d’entrer dans le pays c’est immédiatement l’union sacrée. Il est évident que tous les Afghans n’étaient pas favorables aux Talibans, mais l’invasion des étrangers infidèles de la coalition internationale les a tous fait basculer du coté des islamistes les plus radicaux. Par simple réflexe si ce n’est nationaliste du moins xénophobe. Quand cette coalition est arrivée, les Talibans ne tenaient plus qu’un ultime carré dans la région de Kandahar. Aujourd’hui, ils contrôlent pratiquement tout le pays. Nous voulions faire une guerre contre les terroristes, nous faisons maintenant une guerre contre les Afghans que notre invasion a réconciliés pour mener un combat sans merci contre des étrangers, contre des infidèles, contre nous. Et chacun sait que cette guerre, ils la gagneront.

On en est aujourd’hui à chercher des Talibans… « modérés » pour tenter de trouver une issue nous permettant de sortir de ce bourbier. Mais les Talibans modérés, çà n’existe pas.

Il est bien dommage qu’au cours de cette campagne des régionales personne n’ait parlé de l’Afghanistan et de notre engagement irresponsable là-bas. Cela aurait, peut-être, poussé Sarkozy à réfléchir à la question. On vient de voir que çà a marché pour la taxe carbone !
Mais l’ensemble de la politique étrangère aurait pu être évoqué.

Depuis le début de son quinquennat, Sarkozy multiplie frénétiquement les initiatives diplomatiques, les déplacements à travers la planète, les réunions internationales en tentant d’acquérir une stature internationale avec, visiblement, l’espoir que les Français lui en sauront gré. Mais les Français s’en moquent et il faut bien dire que… c’est une chance pour lui.

La politique étrangère de Sarkozy présente d’une manière caricaturale tous les défauts du sarkozysme en action : mépris des réalités, ignorance des dossiers, agitation frénétique dans tous les sens, initiatives à contretemps, vantardise à la limite de la mythomanie puis passage le plus rapide possible à un autre sujet.

L’Europe ? Sarkozy s’était vanté de l’avoir relancée avec son « mini traité ». Elle n’a jamais été aussi, inexistante.
Nos relations avec l’Allemagne ? Sarkozy a beau embrasser comme du bon pain Angela Merkel, rien ne va plus entre Paris et Berlin.
Nos relations avec Washington ? Sarkozy est revenu un peu piteusement au sein de l’OTAN, il a multiplié les actes de soumission (et d’admiration) devant Obama, mais celui-ci continue à le mépriser souverainement.
Nos relations avec Moscou ? Sarkozy s’est incliné, toute honte bue, devant l’annexion par la Russie de deux provinces géorgiennes, il n’a jamais rien dit de la Tchétchénie ni des innombrables violations des Droits de l’Homme pratiquées par les anciens du KGB, il se dit prêt à vendre du matériel militaire et pourtant le couple Poutine-Medvedev continue à l’ignorer.
Nous sommes fâchés avec Pékin, avec Alger, inexistants au Proche-Orient.
En Afrique, on rigole encore des moulinets de Sarkozy qui avait juré d’en finir avec la Francafrique quand on le voit serrer sur son coeur le fils de Eyadema ou celui de Bongo.

Et la fameuse Union pour la Méditerranée ? Une idée personnelle de Sarkozy qui allait créer un « lac de paix » en réunissant le Nord et le Sud, l’Occident et l’Islam. On a encore en mémoire les festivités délirantes (et ruineuses) auxquelles son lancement avait donné lieu. Elle a disparu corps et biens.

Personne n’a oublié la visite de Kadhafi à Paris et chacun se souvient des contrats mirifiques que Sarkozy prétendait rapporter de tous ses voyages à travers le monde, en Inde, en Chine, en Arabie Séoudite, dans les émirats de Golfe, au Maroc, au Brésil, partout. Que sont devenues toutes ces promesses d’achat fabuleuses de TGV, de centrales nucléaires, de Rafale qui devaient sauver notre industrie ? Oubliées.

Oui, dans son malheur, Sarkozy a tout de même de la chance, les Français se désintéressent totalement de la politique étrangère. Mais les Français ont tort.

23 Mar 2010 Commentaires fermés sur Et l’Afghanistan dans tout çà?

On ne change pas une équipe qui perd!

On était en droit d’espérer un peu mieux et Sarkozy nous avait habitués à plus de combativité et surtout à plus d’imagination. On a l’impression soudain qu’il a perdu la main.

Après la claque retentissante des régionales, il avait le choix entre deux attitudes.
Ou il ne bougeait pas d’un cil en répétant que ce scrutin concernait les régions, et elles seules, et que donc pas une seule seconde les Français n’avaient remis en cause sa gestion du pays, ses réformes et sa politique d’ouverture. C’est d’ailleurs ce qu’a essayé, dans un premier temps, de nous raconter tout son petit personnel, sur tous les écrans de télévision.

Ou il reconnaissait « sportivement » sa défaite, affirmait qu’il avait « entendu le message des électeurs » qui avaient –comme c’était leur droit le plus strict- profité de cette occasion pour manifester leur mécontentement et il annonçait un vaste chambardement gouvernemental tout en précisant, bien sûr, qu’il continuerait les réformes les plus indispensables jusqu’à la « pause » annoncée pour la seconde moitié de 2011.

On aurait alors pu imaginer –on les avait presque annoncés- un certain nombre de départs qui, les uns et les autres, auraient fait un plaisir évident à certaines catégories de Français particulièrement furieux en ce moment.

Les départs de Kouchner, Besson, Bockel, Fadela Amara, Mitterrand auraient calmé tous ceux que l’ouverture rend hystériques, tout en apaisant, pour le premier, ceux que désespère la déconfiture de notre politique étrangère et, pour le deuxième, ceux qui s’affolent des conséquences que pourraient avoir pour notre communauté nationale les dérives expérimentales du ministre de l’identité nationale.

Le départ de Roselyne Bachelot, héroïne de la calamiteuse gestion de la grippe A H1N1, aurait calmé le monde médical, celui de Michèle Alliot-Marie aurait fait plaisir au monde judiciaire, celui de Luc Chatel aurait ravi le monde enseignant, celui de Bruno Le Maire aurait comblé d’aise le monde agricole, etc.

C’aurait été une façon de prouver qu’à l’Elysée on avait vraiment su lire les résultats des régionales. Car si ces élections ont exprimé un rejet général de Sarkozy lui-même, de sa frénésie de réformes à tout va et de sa politique d’ouverture, ces régionales ont aussi –et on ne l’a pas assez souligné- exprimé une somme de mécontentements « sectoriels » très vifs. Les agriculteurs sont désespérés, les salariés de l’industrie aussi, les enseignants sont furieux, les magistrats tout autant, les médecins aussi, idem pour les retraités et la liste pourrait s’allonger indéfiniment. Sans parler des jeunes qui ne peuvent guère être optimistes pour leur avenir. Tous ces gens ont, évidemment, voté contre les listes de l’UMP.

A part peut-être -et encore !- les bénéficiaires du fameux bouclier fiscal, on se demande qui en France, aujourd’hui, pourrait être content de son sort.
Mais Sarkozy n’a pas voulu donner le grand coup de balai qui aurait sans doute fait bien plaisir à beaucoup de monde. C’est bien connu, on ne change pas une équipe qui perd.

Il est vrai que le capitaine de l’équipe en question entendant, en permanence, jouer lui-même à tous les postes, il aurait été profondément injuste de sa part de renvoyer sur le banc de touche toute une bande de figurants qui n’étaient guère responsables de la déconfiture de leur camp dans cette partie puisqu’ils n’avaient jamais eu le droit de toucher la balle.

Mais il fallait tout de même un bouc émissaire à sacrifier. C’est tombé sur Darcos. Après avoir déjà perdu la mairie de Périgueux, lors des dernières municipales, il est allé en traînant des pieds aux régionales et a réalisé un très mauvais score en Aquitaine. Pas plus mauvais cependant que la ministre de l’Outre-mer qui, elle, a été éliminé dès le premier tour en Guadeloupe et qui garde son poste.
Darcos a un avantage : il est « brave type » et ce n’est pas lui qui va, par rancœur, se transformer en adversaire et se préparer pour la présidentielle. C’était lui qui devait, en tant que ministre du Travail, mener la prochaine (et sans doute ultime) grande réforme du quinquennat : celle des retraites. En aurait-il été capable ? On ne le saura jamais. Il n’avait pas toujours été un très brillant négociateur à l’Education Nationale.
Eric Woerth va le remplacer pour ce difficile face-à-face avec les syndicats. Eric Woerth, l’homme qui, depuis deux ans et demi, avait pour mission, au Budget, de limiter les déficits, de réduire la dette et de faire baisser les impôts ! On ne peut pas dire qu’il ait fait des étincelles, même si la crise a pu lui servir d’excuse.

Réformer les retraites va être encore plus difficile. Dès l’instant où la « répartition » reste la loi sacrée (il est vrai que la crise financière a démontré les dangers de la « capitalisation ») et vu l’évolution démographique du pays, il n’y a pas d’autre solution que l’augmenter le nombre des trimestres de cotisation (sauf à imaginer l’impossible : augmenter le taux des cotisation, ou réduire le montant des retraites). Dans la situation actuelle, avec plus de 10% de chômeurs, un allongement de la durée de cotisation (c’est-à-dire de la durée de travail) apparaîtra intolérable aux syndicats et irréaliste aux yeux de spécialistes.

Mais le remplacement de Darcos par Woerth n’est évidemment pas une réponse à la défaite des régionales. Le « coup du jour » est ailleurs. C’est l’entrée au gouvernement de… François Baroin, Georges Tron et Marc-Philippe Daubresse. Les Français en rêvaient sûrement la nuit ! Et voilà qui va tout changer !
A l’Elysée, on se félicite de l’audace de ce coup d’éclat. Cette fois, ce ne sont pas des socialistes qu’on a pu s’offrir mais : un chiraquien, un villepiniste et un centriste.

Une question en passant : sur les 44 millions d’électeurs français combien y en a-t-il qui connaissent MM. Baroin, Tron et Daubresse ?
Mais cette mini-mini « opération » amusera, sans doute, le microcosme politique. Depuis des mois, Baroin et Tron « flinguaient » à vue le style de Sarkozy, sa politique d’ouverture, ses réformes dans tous les sens. Et les voici ministres !
En faisant à ces trois « bougonneurs de l’UMP » une place autour de la table du Conseil des ministres, Sarkozy s’imagine-t-il qu’il va faire croire aux Français qu’il a entendu leur message ?

Leur entrée au gouvernement va-t-elle démontrer aux yeux des Français que Sarkozy donne, enfin, en partie, raison à tous ceux qui lui demandaient de « changer » et leur faire croire qu’il va, en leur compagnie, tenter de s’amender lui-même ? Ou ces trois ralliements vont-ils, une fois de plus rappeler qu’avec un maroquin -et même un demi maroquin- on peut s’offrir le premier politicien venu ?

23 Mar 2010 Commentaires fermés sur On ne change pas une équipe qui perd!

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